Tout semblait sourire à l’Angleterre, puis Lionel Messi est entré en scène. Portée par son génie, l’Argentine a renversé les Three Lions (2-1) dans les derniers instants, punissant les choix trop prudents de Thomas Tuchel et la prestation effacée d’Harry Kane. Voici les notes des principaux acteurs de cette demi-finale riche en rebondissements.
Du côté argentin
Emiliano Martínez (6) : Il a peu eu à s’employer dans ce match, mais sa présence dans les buts a offert la sérénité nécessaire à une défense souvent bousculée dans les premières minutes. Sa gestion des sorties aériennes a été solide tout au long de la rencontre.
Nahuel Molina (5,5) : Le latéral droit de l’Atlético Madrid a été pris de vitesse par Anthony Gordon sur l’ouverture du score à la 55e minute, une erreur de positionnement qui a coûté cher, mais s’est ressaisi défensivement par la suite, avant d’être remplacé par Montiel en fin de rencontre.
Cristian Romero (7,5) et Lisandro Martínez (7) : Les deux défenseurs centraux ont formé une charnière combative, parfois en difficulté dans les duels aériens mais globalement solides dans les moments les plus chauds. Leur résistance collective après le 1-0 a permis à l’Argentine de ne pas s’effondrer.
Giuliano Simeone (6) : Titulaire surprise sur l’aile droite pour sa deuxième apparition dans le tournoi, ce dernier a accumulé cinq fautes en une seule mi-temps sans prendre le moindre carton. Une débauche d’énergie parfois stérile, rarement sanctionnée. Il a manqué la balle du 1-1 sauvée en catastrophe par Djed Spence à la 57e minute. Remplacé par Rodrigo De Paul, qui a contribué à faire basculer le match en apportant davantage de maîtrise dans l’entrejeu.
Leandro Paredes (7) : L’ancien joueur du PSG a agacé par ses interventions répétées dans le dos de Bellingham, sans jamais être inquiété par l’arbitre. Un rôle de perturbateur assumé, à la limite du règlement, qui a visiblement déstabilisé les milieux anglais tout au long de la rencontre.
Alexis Mac Allister (6,5) : Le milieu de Liverpool a été malchanceux. Sa frappe du pied droit s’est écrasée sur le poteau de Pickford au moment où l’Argentine poussait le plus, avant que le rebond n’amène indirectement le deuxième but argentin. 104 ballons touchés pour Enzo Fernandez, mais Mac Allister a lui aussi été omniprésent dans la construction de l’équipe.
Enzo Fernandez (7,5) : Il a rendu une copie de l’abnégation. Trois premières frappes non cadrées, une imprécision chronique en première période, puis ce tir parfaitement enroulé à la 85e minute, depuis l’entrée de la surface, qui a permis aux siens d’égaliser avant que Lautaro Martinez n’offre la qualification sur un caviar de Leo Messi. Avec 104 ballons touchés, il a été le joueur le plus actif sur le terrain. Une performance construite sur le volume et l’engagement, conclue par le geste technique le plus décisif de sa soirée.
Julián Álvarez (7) : L’ancien Sky Blue a usé la défense anglaise avec ses déplacements incessants. Dès la reprise, il s’est infiltré dans la surface et a trouvé le filet extérieur de Pickford avant de continuer à peser sur les centraux anglais jusqu’à la fin du match. Un travail de l’ombre indispensable.
Lionel Messi (8,5) ⭐️. La Pulga a mis du temps à entrer dans son match, surveillé de près par Elliot Anderson et ses coéquipiers. Discret, puis de plus en plus influent, de plus en plus présent dans les espaces. Un slalom dévastateur à la 37e minute, stoppé irrégulièrement par Anderson qui a pris un carton jaune. Puis la montée en puissance inexorable dans les vingt dernières minutes avec notamment un centre déposé sur la tête de Nico Gonzalez, repoussé par Pickford en état de grâce (69e), une passe décisive lumineuse pour Fernandez sur l’égalisation (85e). Et enfin ce centre de la droite à la 90e+2 sur lequel Lautaro Martinez a placé sa tête imparable. Deux passes décisives, neuf dribbles réussis, un record dans un match de Coupe du monde depuis 1966 selon les données Opta. Il compte désormais 12 passes décisives en Coupe du monde, un record toutes nations confondues. Et il disputera dimanche sa deuxième finale mondiale. Quel joueur !
Du côté anglais
Jordan Pickford (8) : Le portier d’Everton a livré l’une des meilleures performances de sa carrière internationale. Sans arrêt à réaliser en première période, il a ensuite sorti des parades exceptionnelles sur les tentatives de Julián Álvarez dès la reprise (46e), de Nico Gonzalez de la tête (69e), de Mac Allister (76e), puis une claquette magistrale sur la frappe de Fernandez à la 80e, avant de craquer sur ce même joueur quelques minutes plus tard. Sauvé par ses propres poteaux à deux reprises, il n’a rien pu faire sur l’égalisation de Fernandez ni sur la tête de Lautaro Martinez. Proche d’être le héros de la soirée. La cruauté du destin en a décidé autrement.
Djed Spence (7,5) : Il a sauvé les siens à la 57e minute sur le ballon glissé par Giuliano Simeone, déjouant ce qui aurait pu être le but de l’égalisation argentin dans la foulée de l’ouverture du score. Une intervention décisive qui a prolongé l’espoir anglais. Remplacé par Marcus Rashford dans les dernières minutes.
John Stones (7) : Il a rendu une copie solide, avec 100 % de passes réussies et une présence aérienne précieuse. Il a terminé la rencontre groggy après un sauvetage héroïque dans les derniers instants.
Jude Bellingham (6,5) : Il a subi les assauts répétés de Paredes sans perdre son calme, ce qui mérite d’être souligné dans une rencontre aussi physique. Mais son influence offensive a été moindre, il n’a pas pesé sur le jeu dans les moments décisifs à l’image de ses coéquipiers.
Declan Rice (6,5) : Il a été l’un des meilleurs Anglais de la soirée pendant soixante-cinq minutes. Récupérateur infatigable, distributeur propre, c’est son ballon récupéré qui déclenche l’action du 1-0. Mais Thomas Tuchel a choisi de le sortir dans le money time, dans le cadre d’un coaching ultra-défensif qui a scellé le sort des Three Lions.
Morgan Rogers (6) : a apporté de la vivacité sur son côté, délivrant le centre parfait qui a conduit au but d’Anthony Gordon. Sa meilleure contribution dans ce tournoi.
Anthony Gordon (6,5) : Le nouveau joueur du fc Barcelone est l’auteur de l’ouverture du score la plus propre qui soit, course dans le dos de Molina, déviation précise du bout du pied. Le quatrième joueur anglais à marquer en demi-finale d’un Mondial, après Bobby Charlton, Gary Lineker et Kieran Trippier. Il avait gâché deux occasions en première période, mais s’est bien rattrapé sur l’essentiel. Remplacé par Eric Konsa, un choix purement défensif, dans le cadre des ajustements qui ont coûté la qualification à l’Angleterre.
Harry Kane (4) : Le serial killer anglais a traversé cette demi-finale comme un fantôme. Quatre duels en première période, aucun gagné. Six passes réussies. Quatre ballons perdus. Il a reculé en deuxième période pour mieux se projeter et son ballon long a conduit à l’action du 1-0, mais ce n’est pas ce que l’on attend du meilleur buteur anglais de l’histoire. Devenu ce mercredi le joueur anglais le plus capé avec 121 sélections, il sort d’une demi-finale sans un seul tir cadré. Trop peu pour un joueur de son gabarit dans un match de cette importance.
Le coaching, facteur décisif
Lionel Scaloni (8) : Le contraste entre Scaloni et Tuchel dans la gestion du dernier quart d’heure est frappant. L’Argentin a fait entrer Nico Gonzalez, De Paul, Montiel et Otamendi pour passer à trois défenseurs et peser davantage sur le jeu anglais. Cela a permis d’avoir une domination croissante, une pression constante et finalement le renversement.
Tuchel (3) : Le sélectionneur anglais, de son côté, a retiré Gordon, Reece James et Declan Rice pour faire entrer Konsa, Burn et O’Reilly, trois défenseurs, terminant la rencontre avec six éléments défensifs sur le terrain alors que son équipe menait 1-0. Une posture ultra-passive qui a permis à l’Argentine d’occuper le terrain et de trouver la faille. L’allemand a assumé sa responsabilité en conférence de presse sans chercher d’excuses, mais la postérité retiendra que ce coaching a directement contribué à l’élimination des Three Lions.




















