La Tunisie tourne la page d’un Mondial 2026 cauchemardesque. La Fédération tunisienne de football a officialisé jeudi la nomination de Mouine Chaabani au poste de sélectionneur national, avec un mandat courant jusqu’à la Coupe du monde 2030. Le technicien tunisien, jusqu’alors en poste à la Renaissance sportive de Berkane au Maroc, hérite d’une sélection profondément fragilisée par son élimination dès la phase de groupes — la plus cuisante de son histoire récente.
Un recrutement qui a nécessité trois tentatives
La nomination de Chaabani n’a rien eu d’une évidence. La Fédération avait approché le technicien à deux reprises auparavant sans parvenir à conclure. C’est la troisième démarche qui a été la bonne. Dans un communiqué, le RS Berkane a expliqué les raisons de sa décision de libérer son entraîneur alors que celui-ci était encore sous contrat jusqu’en juin 2027 : « Compte tenu de l’importance particulière que représente la fonction de sélectionneur national, ainsi que de la portée patriotique qu’implique le fait de répondre à l’appel de son pays et de servir son équipe nationale, le RS Berkane a fait preuve de compréhension à l’égard de cette demande. » Le club marocain a également invoqué « l’esprit des relations fraternelles, du respect mutuel et de la coopération sportive qui unissent le Royaume du Maroc et la République tunisienne. »
Chaabani sera accompagné du même staff technique qui l’entourait à Berkane, avec notamment le retour de Majdi Traoui au poste d’entraîneur adjoint — un visage familier pour les supporters tunisiens.
Un parcours de club couronné de succès
Si le nom de Mouine Chaabani est moins connu en dehors du Maghreb que certains de ses contemporains, son bilan à la tête du RS Berkane plaide fortement pour lui. En deux ans et demi passés dans l’Oriental marocain, il a conduit le club vers son premier titre de champion du Maroc, avant d’enchaîner avec la Coupe de la Confédération CAF en 2025 — un doublé historique pour une institution qui n’avait jamais atteint ce niveau de réussite. Ce parcours lui a valu une reconnaissance continentale et une réputation de bâtisseur capable d’installer une culture de la gagne dans des contextes parfois précaires.
Une succession complexe après un naufrage collectif
Le contexte dans lequel Chaabani prend ses fonctions est particulièrement délicat. Le Mondial 2026 a été une catastrophe industrielle pour les Aigles de Carthage. Après la lourde défaite inaugurale contre la Suède (5-1), le sélectionneur Sabri Lamouchi avait été limogé en plein tournoi — un scénario rare dans l’histoire de la compétition. Hervé Renard, appelé en urgence pour gérer les deux derniers matchs de groupe, n’avait pas davantage réussi à redresser un bateau déjà coulé : défaite contre le Japon (0-4) puis contre les Pays-Bas (3-1). Bilan final : zéro point, douze buts encaissés, dernière place du groupe F. La pire performance de la Tunisie dans une phase finale de Coupe du monde.
Renard, dont le contrat ne couvrait que la durée du tournoi, avait ensuite choisi de ne pas prolonger l’aventure, laissant la Fédération face à ses responsabilités.
Une reconstruction sur quatre ans
La mission confiée à Chaabani est à la hauteur de l’ampleur du chantier. Il devra dans un premier temps préparer les éliminatoires de la CAN 2027, qui débuteront dans les prochains mois, tout en entamant le travail de fond nécessaire pour rebâtir une équipe nationale qui a perdu confiance et identité. La Tunisie n’a jamais été la nation africaine au vivier individuel le plus impressionnant. Elle a construit son histoire sur une rigueur tactique et une organisation collective qui lui ont permis de remporter la CAN 2004 et de participer à sept Coupes du monde. C’est précisément cette identité que le nouveau sélectionneur devra tenter de restaurer.
Le chemin jusqu’au Mondial 2030 sera long. Mais pour la première fois depuis le début de l’été, la Tunisie a au moins un nom sur son banc et un projet à défendre.




















