Miami n’avait pas prévu d’être le théâtre d’une soirée pareille. Un match pour la troisième place, que personne ne voulait jouer selon les propres mots de Thomas Tuchel, qui a finalement tenu toutes ses promesses offensives — et bien au-delà. Dix buts en quatre-vingt-dix minutes, un festival spectaculaire entre France et Angleterre, et au bout du compte une victoire anglaise qui offre aux Three Lions la médaille de bronze du Mondial 2026. Pour Didier Deschamps, le rideau se ferme sur un dernier match sans victoire.
Un Deschamps qui avait tout prévu, sauf ça
Le sélectionneur avait prévenu qu’il ferait tourner l’effectif tout en maintenant une colonne vertébrale de cadres. Mbappé était là, avec la motivation supplémentaire de conquérir le Soulier d’Or — entrant dans le match à égalité avec Messi sur huit buts, mais derrière sur le critère des passes décisives. Rayan Cherki, Désiré Doué et Michael Olise composaient un trio offensif plein d’allant, libéré de la pression d’une demi-finale.
De son côté, Tuchel avait fait des choix radicalement différents. Kane, Bellingham, Pickford et Declan Rice démarraient sur le banc. Un onze remanié, dominé par des joueurs qui cherchaient leur heure : Rashford, Toney, Saka, Eberechi Eze, Morgan Rogers. La logique d’un match sans enjeu majeur, transformé en vitrine individuelle.
Dix buts, un spectacle sans égal
Ce que le public du Hard Rock Stadium a vu, ce samedi soir sous la chaleur étouffante de Miami Gardens, restera dans les mémoires de tous ceux qui y assistaient. Les buts se sont enchaînés à un rythme effréné, dans les deux sens, avec une désinvolture défensive des deux côtés qui transformait chaque attaque en danger réel.
Mbappé a trouvé le chemin des filets, portant son total à neuf buts dans le tournoi et s’offrant définitivement le Soulier d’Or devant Messi. Bellingham et Kane, entrés en jeu pour peser dans les dernières minutes, ont eux aussi contribué au tableau d’affichage. Côté français, Cherki et Doué ont brillé dans un registre offensif qu’on ne leur avait pas assez laissé exprimer tout au long du tournoi.
Mais l’Angleterre, portée par un collectif qui refusait de lâcher, a su résister au retour français dans les dernières minutes. Malgré la pression des Bleus dans le dernier quart d’heure, les Three Lions ont tenu pour arracher une victoire aussi inespérée que méritée dans le contexte du match.
Deschamps : l’adieu sans feux d’artifice
Au coup de sifflet final, Didier Deschamps a reçu une longue ovation des joueurs français, qui s’étaient rassemblés autour de lui dans un cercle chargé d’émotion. Quatorze ans, une Coupe du monde, deux finales, trois demi-finales : le bilan parle pour lui. Ce n’est pas ce dernier résultat qui ternira une épopée de quatorze ans.
Avant le match, Kylian Mbappé lui avait rendu hommage sur les réseaux sociaux dans une lettre ouverte au ton particulièrement émouvant : « Aujourd’hui, c’est ton dernier bal. Toi qui nous as tant donné. Nous aurions dû t’offrir une fin meilleure, mais nous avons échoué. Mettre des mots sur ce que tu as apporté en 14 ans est très difficile. Les gens n’ont pas toujours su apprécier ta grandeur, mais le temps et l’histoire s’en chargeront. Merci de m’avoir donné la chance de représenter mon pays sur la plus grande scène pendant tant d’années. Je me sens privilégié d’avoir pu se tenir aux côtés d’une des plus grandes légendes de notre pays. »
Des mots qui disent tout sur la nature de ce que Deschamps a bâti. La France avance. Lui passe la main. Et Zinédine Zidane attend.
L’Angleterre repart avec du bronze et des questions
Pour Thomas Tuchel et les Three Lions, cette médaille de bronze laisse un goût ambivalent. La troisième place ne masque pas la demi-finale gâchée contre l’Argentine, ni les questions qui persistent sur la capacité du sélectionneur à gérer les fins de match sous pression maximale. La Fédération anglaise devra trancher dans les prochaines semaines sur la continuité ou non du projet Tuchel.
Ce qui est certain, c’est que cette équipe d’Angleterre a du talent. Elle a aussi, ce soir à Miami, montré qu’elle savait attaquer librement quand on lui en donnait l’occasion. La leçon du Mondial 2026 pour les Three Lions est peut-être là : jouer pour gagner, pas pour ne pas perdre.




















