Il y a des matchs que l’on n’oublie pas. Celui disputé jeudi soir au Toronto Stadium entre le Portugal et la Croatie en fait assurément partie. Dans une rencontre dominée par les rebondissements, les interventions de la VAR et les émotions à fleur de peau, la Seleção a renversé les Vatreni (2-1) dans un temps additionnel dément pour arracher sa qualification en huitièmes de finale. La rencontre a débuté par une image forte : l’accolade entre Cristiano Ronaldo et Luka Modric, deux capitaines légendaires, anciens coéquipiers au Real Madrid, se retrouvant une dernière fois peut-être sur la plus grande scène du football mondial.
Un Portugal dominant, mais stérile en première période
Avec 69 % de possession à la pause, le Portugal avait clairement le contrôle du jeu sans pour autant réussir à inquiéter sérieusement Dominik Livakovic. Bruno Fernandes a bien tenté sa chance sur un centre-tir, Rafael Leão a percuté sur son couloir gauche, et Ronaldo lui-même a vu son coup franc trouver le mur croate dès la 12e minute. La Croatie, elle, n’a cadré aucun tir en première période, mais son organisation défensive a neutralisé avec soin tous les mouvements portugais.
Perisic renverse le scénario, la VAR décide du reste
Au retour des vestiaires, la Croatie de Zlatko Dalic est revenue avec des intentions radicalement différentes. À la 53e minute, Ivan Perisic 37 ans, toujours là a surgi d’un tir croisé imparable pour ouvrir le score et plonger le camp portugais dans un silence glacial.
Le Portugal a alors vécu ses minutes les plus délicates. Kovacic s’est infiltré dans la surface en éliminant Cancelo, ne trouvant que le petit filet de Diogo Costa. La Croatie semblait tenir son destin en main. Puis la VAR est entrée en scène, deux fois, de manière déterminante.
D’abord pour refuser un but somptueux de Ronaldo à la 61e minute un contrôle d’un autre monde dans la surface, suivi d’une frappe de l’extérieur du droit, annulé pour une épaule qui dépassait de quelques centimètres en position de hors-jeu. Puis, sept minutes plus tard, pour accorder un penalty au Portugal après avoir détecté une faute de Vlasic sur Renato Veiga dans la surface, que l’arbitre central n’avait pas vue. Cristiano Ronaldo s’est chargé de la conversion avec la froideur qu’on lui connaît (68e, 1-1). Son 11e but en Coupe du monde, et surtout son tout premier inscrit lors d’une phase à élimination directe une statistique qui dit beaucoup sur la malédiction qui pesait jusqu’alors sur le capitaine portugais à ce stade des compétitions.
Un temps additionnel de folie
Sorti à la 81e minute sous les sifflets d’une partie du public accompagné par l’entrée simultanée de Gonçalo Ramos, Bernardo Silva, Nelson Semedo et Francisco Conceição, Ronaldo a assisté depuis le banc à l’épilogue le plus haletant de ce Mondial. En fin de temps réglementaire, un but de Petar Sucic a été annulé pour hors-jeu. Mais c’est à la 90e+4 que le coup de théâtre définitif s’est produit : Gonçalo Ramos, entré en jeu quelques minutes plus tôt, a repris de la tête un centre parfait de Rafael Leão pour donner l’avantage au Portugal (2-1).
La Croatie, refusant de mourir, a continué à pousser pendant un temps additionnel qui s’est éternisé jusqu’à la 103e minute. Josko Gvardiol a cru égaliser dans la foulée, le stade a retenu son souffle, mais la VAR a une nouvelle fois tranché : Mario Pasalic était hors-jeu dans l’action précédente. Le but était refusé, la Croatie était éliminée.
Fin de parcours pour Modric, Ronaldo continue de rêver
Pour Luka Modric, 40 ans, ce Mondial s’achève de la manière la plus cruelle qui soit sur un but refusé dans les ultimes secondes d’une rencontre que son équipe méritait peut-être au moins de prolonger. La Croatie, qui avait systématiquement atteint les demi-finales lors de chacune de ses trois précédentes participations à des phases finales de Coupe du monde, tire définitivement un trait sur une aventure dorée. Le rideau tombe sur l’un des milieux de terrain les plus élégants de sa génération.
Pour Ronaldo, en revanche, l’aventure continue. À 41 ans, malgré toutes les polémiques qui l’entourent depuis le début du tournoi, il reste au cœur de tout dans les buts comme dans les débats. La question que tout le Portugal se posait avant ce match CR7, atout ou handicap pour la Seleção ? reste entière. Mais il est encore là, et c’est déjà une réponse.
Iberique derby en huitièmes
Le Portugal affrontera l’Espagne en huitièmes de finale, lundi à Dallas. Une affiche au goût de classico ibérique, entre deux nations qui partagent une même péninsule et une même ambition dans ce Mondial. D’un côté, une Roja invaincue, sans but encaissé, qui monte en puissance. De l’autre, une Seleção qui sait souffrir, qui sait renverser, et qui porte dans ses rangs l’un des joueurs les plus décisifs de l’histoire de la compétition. Les huitièmes de finale n’ont pas encore livré leur plus belle affiche. Celle-là en a clairement les atours.


































































