L’élimination du Sénégal face à la Belgique (2-3 après prolongation) en seizièmes de finale du Mondial 2026 a ouvert une crise sans précédent autour de la sélection nationale. Moins de vingt-quatre heures après le coup de sifflet final du Lumen Field de Seattle, les langues se sont déliées de toutes parts — dans la presse dakaroise, sur les réseaux sociaux, et jusque dans le vestiaire des Lions de la Téranga.
Une presse sénégalaise impitoyable
Les titres des journaux sénégalais du jeudi matin ont frappé fort. Là où certains ont choisi l’image de la douleur collective, d’autres ont pointé directement les responsabilités. Les qualificatifs employés pour décrire la prestation du staff technique oscillent entre désillusion et condamnation ouverte. Le consensus, rare en temps normal, semble ici presque unanime : la gestion des dernières minutes de la rencontre par Pape Thiaw est jugée incompréhensible.
Les critiques portent essentiellement sur la décision du sélectionneur de remplacer Pape Gueye à la 66e minute alors que le Sénégal menait 2-0, puis d’effectuer d’autres changements à l’approche de la 80e minute, dans une période où l’équipe semblait tenir son avantage. Ce sont précisément ces modifications qui ont, aux yeux d’une large partie des observateurs, rompu l’équilibre défensif d’une équipe en train de contrôler.
Thiaw sous le feu de ses homologues
La critique n’est pas venue que de la presse populaire. Rudi Garcia, consultant sur le plateau de beIN Sports, a livré une analyse glaçante du scénario : « On connaît ces équipes-là. À la fin du match, on savait qu’à 2-0, ils allaient tout faire pour protéger leur but. C’est une grave erreur. Quand on prend un but à 2-1, le match change d’âme. » Une lecture frontale des choix tactiques sénégalais, formulée à chaud, et qui a visiblement agacé le principal concerné.
Pape Thiaw, lui, n’a pas entendu la leçon de la même oreille. En conférence de presse, il a balayé l’analyse de son homologue français d’une formule sèche : « C’est son avis, mais ce n’est pas du tout mon avis. Parce que nous étions bien en place. Une fois qu’on gagne, c’est plus facile de parler. » Sur la double capitulation en fin de match, il a reconnu la réalité sans s’y attarder : « On n’a pas pu gérer quand on menait 2-0. Une fois qu’ils sont revenus, ce n’était pas facile. » Quant au penalty litigieux sifflé dans les dernières secondes de la prolongation, il a choisi de ne pas entrer dans le débat : « Après le penalty, chacun son interprétation. Je ne veux pas rentrer là-dedans. »
Le vestiaire prend la parole
Au-delà de la sortie fracassante de Pape Gueye — qui a annoncé sa mise en retrait tant que le staff actuel sera en poste — d’autres voix internes ont brisé la traditionnelle omerta du vestiaire. Krépin Diatta, lui, a assumé une part de responsabilité collective tout en pointant le manque de solidité mentale au moment décisif : « À ce niveau, ce n’est plus une question de détails, mais d’état d’esprit. Quand tu mènes par deux buts jusqu’à la 85e minute, tu dois être le patron dans ta zone de défense. Tu dois tout faire pour préserver le résultat. Nous avons failli. Vu ce que nous avons proposé, nous ne devions pas perdre ce match. Il faut arrêter de se chercher des excuses. Quand il faut défendre, il faut le faire avec le cœur. Les Sénégalais méritaient mieux. »
Depuis l’extérieur du groupe, Mbaye Diagne, absent de ce Mondial, a lui aussi pris position sur les réseaux sociaux avec une clarté sans ambiguïté : « C’est à cause des changements qu’on perd le match. »
La polémique des cadres, toile de fond
Cette crise post-élimination révèle une fracture plus profonde qui couvait depuis le début du tournoi. Une partie de l’opinion sénégalaise reprochait déjà au staff de favoriser certains joueurs expérimentés au détriment d’autres profils potentiellement plus percutants. La titularisation systématique de Sadio Mané, dont les performances ont été jugées très en deçà du niveau attendu par de nombreux observateurs, a concentré une part importante des critiques.
Idrissa Gana Gueye, autre cadre de l’équipe, a choisi de répondre à ces accusations en zone mixte, sans pour autant calmer le jeu de manière décisive.
L’avenir de Pape Thiaw en question
Dans ce contexte explosif, la question du maintien de Pape Thiaw à la tête de la sélection devient incontournable. Le technicien avait pourtant réalisé l’exploit de remporter la CAN — même si ce titre reste entouré d’une controverse judiciaire depuis la décision de la CAF de le réattribuer au Maroc. Il s’était imposé comme un sélectionneur capable de fédérer un groupe et d’aller chercher des résultats dans les grandes compétitions.
Mais l’image laissée à Seattle, celle d’un entraîneur incapable de gérer une avance de deux buts à moins de dix minutes de la fin du temps réglementaire, risque de peser lourd dans les arbitrages à venir. La Fédération sénégalaise de football va devoir trancher rapidement, dans un climat où les voix dissidentes se multiplient et où la confiance entre le staff et certains cadres du groupe semble sérieusement érodée.
Le football sénégalais, qui s’était habitué aux ambitions continentales et mondiales, traverse une de ses crises les plus turbulentes depuis des années. Et elle ne fait peut-être que commencer.


































































