Deux éliminations, un même verdict. Le Sénégal, sorti par la Belgique (2-3), et la Côte d’Ivoire, battue par la Norvège (1-2), ont quitté le Mondial 2026 dès les seizièmes de finale dans des conditions qui ne cessent d’alimenter le débat. Car si les joueurs sont en première ligne des critiques, c’est bien vers les bancs de touche que les regards se tournent désormais avec insistance.
La thèse d’une double faute tactique
Georges Mbimbe, journaliste reconnu de Radio Sport Info et observateur avisé du football africain, n’a pas mâché ses mots dans son analyse de ces deux éliminations. Pour lui, le diagnostic est sans appel : Pape Thiaw et Emerse Faé ont commis la même erreur au même moment. « Face à la Belgique comme face à la Norvège, le Sénégal et la Côte d’Ivoire avaient les cartes en main. Mais leurs sélectionneurs se sont obstinés à croire que leur plan initial suffirait jusqu’au bout. Ils n’ont ni senti le basculement des matchs, ni apporté les corrections qui s’imposaient », écrit-il.
Une accusation lourde, mais étayée par le déroulé des deux rencontres. Dans les deux cas, les équipes africaines ont su tenir un avantage ou maintenir un équilibre favorable, avant de se faire rejoindre puis dépasser par des adversaires qui, eux, ont su lire et adapter leur jeu en cours de match.
L’humilité tactique, vertu des grands entraîneurs
Ce que pointe Mbimbe derrière la notion d’ego tactique, c’est l’incapacité à renoncer à ses convictions initiales lorsque le match l’exige. « Fermer le jeu, densifier le milieu, protéger un avantage ou casser le rythme n’est pas un aveu de faiblesse, c’est de l’intelligence tactique », martèle-t-il.
C’est précisément ce que ni Pape Thiaw ni Emerse Faé n’ont semblé prêts à faire. Chacun a maintenu sa philosophie de jeu — verticale, offensive, ambitieuse — sans prendre en compte les signaux envoyés par l’adversaire. « En refusant de sortir de leur logique, Pape Thiaw et Emerse Faé ont laissé leurs équipes s’exposer jusqu’à la sanction. Les joueurs ont commis des erreurs, certes. Mais ces erreurs étaient devenues prévisibles », conclut le journaliste.
Anciens internationaux, futurs stratèges ?
La charge de Mbimbe ne s’arrête pas aux seules décisions prises le jour du match. Elle touche à quelque chose de plus profond : la nature même du passage du statut de joueur à celui d’entraîneur. « Tant qu’ils continueront à penser comme d’anciens joueurs, ils laisseront échapper des matchs que seuls les véritables stratèges savent gagner », avertit-il.
Le sous-entendu est clair. Pape Thiaw, ancien international sénégalais de la génération 2002, et Emerse Faé, ex-milieu des Éléphants propulsé sélectionneur en pleine CAN 2024 avant d’en décrocher le titre de façon spectaculaire, portent tous deux le profil de l’ancien joueur devenu technicien par la force des choses plus que par une formation longue et progressive. Ce background ne les disqualifie pas — l’histoire du football regorge de contre-exemples brillants — mais il interroge sur leur capacité à se détacher de leurs réflexes de joueurs pour raisonner en froids stratèges lorsque l’enjeu est maximal.
Un Mondial africain globalement réussi, mais…
Il serait injuste de réduire le bilan africain de ce Mondial à ces deux seules éliminations. Neuf équipes du continent avaient franchi la phase de groupes pour la première fois de l’histoire, un résultat historique. Le Maroc, l’Algérie, le Ghana ou encore le Cap-Vert ont poursuivi leur aventure avec panache.
Mais la sortie prématurée du Sénégal — champion d’Afrique en titre — et de la Côte d’Ivoire, double tenant de la CAN, donne une résonance particulière aux critiques formulées par Mbimbe. Ces deux équipes étaient parmi les mieux armées pour aller loin. Elles n’ont pas passé le premier tour à élimination directe. La question de l’encadrement technique, taboue en période d’euphorie, refait surface avec une brutalité que seule la défaite autorise.
« Dans une Coupe du monde, l’ego tactique est souvent le plus court chemin vers l’élimination. Un sélectionneur ne gagne pas les grands rendez-vous avec les émotions d’un ancien international ; il les gagne avec le sang-froid d’un stratège, capable d’abandonner ses certitudes au nom de la qualification. C’est sans doute la leçon la plus cruelle de leur Mondial », conclut Georges Mbimbe, avec une formule qui résonne bien au-delà des frontières africaines.


































































