Il y a des soirées qui entrent dans l’histoire d’un pays. Jeudi à Philadelphie, la Côte d’Ivoire a vécu l’une d’elles. En dominant Curaçao 2-0, grâce à un doublé de Nicolas Pépé, les Éléphants ont accompli ce que trois générations avant eux n’avaient jamais réussi : se qualifier pour la phase à élimination directe d’une Coupe du monde. Une première absolue, historique, attendue depuis 1974.
Le poids de l’histoire, soulagé en sept minutes
Le coup d’envoi avait à peine retenti que Curaçao s’est montré d’emblée menaçant. Dès la troisième minute, une frappe puissante de Chong a testé Yahia Fofana, signalant que la Vague Bleue ne viendrait pas en spectatrice. Mais la Côte d’Ivoire, portée par une expérience collective supérieure, a vite pris la mesure de l’enjeu.
À la septième minute, Ousmane Diomandé a récupéré le ballon haut dans la surface adverse avant de trouver Nicolas Pépé au premier poteau, qui a conclu du pied sans laisser la moindre chance au gardien Eloy Room. Un but libérateur pour des Ivoiriens qui avaient besoin de souffler, eux qui avaient abordé cette rencontre avec la pression du moment décisif sur les épaules.
Une première période maîtrisée, sans excès
Après l’ouverture du score, les Éléphants ont volontairement ralenti le tempo, gérant leur avance avec pragmatisme plutôt qu’en cherchant à aggraver immédiatement le score. Amad Diallo, lui, n’a pas su convertir deux opportunités franches en première période, laissant la rencontre dans un équilibre relatif à la pause.
De leur côté, les hommes de Dick Advocaat ont continué à jouer leur chance avec application, refusant de se résigner. À la 40e puis à la 44e minute, deux situations dangereuses ont maintenu une tension salutaire dans un Stade de Philadelphie acquis aux couleurs des Éléphants.
Pépé s’offre un doublé, Curaçao s’incline avec honneur
Au retour des vestiaires, Curaçao a d’abord continué à pousser. Floranus a frôlé la lucarne de Fofana à la 53e minute dans une action qui aurait pu tout relancer. Mais la Côte d’Ivoire a décidé de mettre fin au suspense. Ibrahim Sangaré a glissé une passe lumineuse dans la profondeur sur le côté droit pour Nicolas Pépé, qui a enroulé une frappe du gauche imparable, hors de portée de Room (66e, 2-0).
La rencontre était définitivement pliée. Curaçao, l’archipel de 150 000 habitants à sa première Coupe du monde, a continué à se battre jusqu’au coup de sifflet final, sans jamais lâcher. La Vague Bleue repart avec un point arraché face à l’Équateur, une prestation remarquée contre l’Allemagne, et la certitude d’avoir honoré dignement sa première participation à la compétition planétaire.
La malédiction enfin levée
Pour la Côte d’Ivoire, ce résultat efface des décennies de frustration. La génération dorée des Didier Drogba, Yaya Touré et Gervinho n’y était jamais parvenue, victime de groupes impossibles et de petits détails cruels — dont ce penalty inscrit par le Grec Samaras dans les dernières secondes en 2014, qui avait alors signé l’élimination des Éléphants. Emerse Faé, sélectionneur des Lions, était lui-même joueur dans cette équipe. Il sait mieux que quiconque ce que représente cette qualification.
Avant le match, le technicien ivoirien avait affiché une ambition intacte malgré l’enjeu : « Pour l’équipe et pour le pays, passer le premier tour serait une source de fierté. Mais nous visons bien plus que ça. » Un discours assumé, cohérent avec sa ligne directrice depuis le début du tournoi — celle d’une équipe qui n’est pas venue pour subir.
Un seizième de finale de légende en perspective
Au classement final du groupe E, la Côte d’Ivoire termine deuxième avec six points, derrière l’Allemagne. Elle affrontera en seizièmes de finale le deuxième du groupe I, mardi à Dallas. Un choc qui pourrait prendre des allures fraternelles : en cas de défaite de la France face à la Norvège vendredi soir, les Éléphants retrouveraient les Scandinaves — et avec eux, Désiré Doué, le natif d’Abidjan qui porte les couleurs tricolores. Un duel de frères que le football seul sait mettre en scène.
Pour l’heure, c’est la fête. Une fête longtemps attendue, enfin méritée.



































































